Ses travaux visent à réduire les effets néfastes des maladies cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux
La pêche à la mouche est peut-être l’un des sports les plus insolites : il s’agit de patauger dans une rivière et d’agiter rythmiquement une canne à pêche pour lancer un insecte artificiel, fabriqué à la main à partir de plumes et de lamelles métalliques attachées à une ligne, dans l’espoir de tromper une truite difficile. C’est un mélange particulier d’art, de biologie et de physique. C’est également ce qui a conduit, de manière détournée, Ed Pryzdial à mener ses recherches à la Société canadienne du sang.
Pendant ses études à l’Université de Toronto, Ed Pryzdial s’était concentré sur la biochimie. Ce n’est que lorsqu’il a été attiré, par la perspective d’apprendre à pêcher à la mouche, par le Centre de thrombose de l’Université du Vermont pour sa formation postdoctorale, qu’il a découvert sa passion pour la compréhension des mécanismes par lesquels les produits de protéines plasmatiques peuvent affecter la coagulation sanguine.
À l’issue de sa première année dans le Vermont, Ed Pryzdial croise par hasard un·e collègue avec qui il avait travaillé lorsqu’il était étudiant. Après avoir appris qu’il se consacrait désormais à la coagulation sanguine, cette personne lui propose un poste au sein de ce qui était alors la Croix-Rouge canadienne.
« Ce fut une excellente occasion de participer, dès le début, à la création d’un nouveau service dédié aux produits plasmatiques, axé sur de nombreux aspects de la recherche liés à la transfusion, explique Ed Pryzdial, aujourd’hui chercheur principal à la Société canadienne du sang. Pendant dix ans, j’ai travaillé dans mon laboratoire basé à Ottawa, puis j’ai déménagé à Vancouver pour travailler au Centre for Blood Research, qui était alors en plein développement. »
Le plasma est utilisé comme matière première pour produire une catégorie de médicaments appelés protéines plasmatiques et produits connexes. De grands volumes de plasma sont manipulés et transformés en petites quantités de produit fini. Ces médicaments permettent de traiter des affections, telles que les troubles immunitaires et hémorragiques, ainsi que les traumatismes et les brûlures.
« La biochimie de certains des produits plasmatiques les plus importants a commencé à m’intéresser, explique Ed Pryzdial. Au cours de mes travaux postdoctoraux, je me suis donc intéressé à la conception de nouvelles fonctions pour ces produits et à l’étude de leurs applications. Cela m’a conduit à découvrir des moyens de détruire les caillots et à comprendre comment les virus exploitent ces produits plasmatiques à des fins néfastes. »
L’objectif de l’équipe d’Ed Pryzdial est de développer de nouveaux médicaments pour les personnes atteintes de maladies cardiaques et les victimes d’accidents vasculaires cérébraux. Dans le cas d’une maladie cardiaque, des plaques s’accumulent dans les artères, ce qui augmente le risque de formation de caillots sanguins. Les caillots peuvent alors bloquer la circulation sanguine vers le cœur et provoquer une crise cardiaque, ou vers le cerveau et provoquer un accident vasculaire cérébral.
« Les maladies cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux sont les principales causes de mortalité dans le monde, et les anticoagulants actuels peuvent causer des hémorragies chez 5 à 6 % des usager·ères. Cela peut avoir des effets néfastes et mener à un AVC secondaire », continue-t-il. Nous travaillons actuellement sur un nouveau domaine thérapeutique dans le but de dissoudre les caillots de manière beaucoup plus sûre que les anticoagulants actuels. »
Ed Pryzdial et son équipe étudient également les modes d’interaction des virus avec le système de coagulation sanguine. De nombreux virus courants peuvent provoquer la formation de caillots sanguins, ce qui entraîne également une inflammation et active le système immunitaire.
« Cela nous intéresse — et probablement beaucoup d’autres personnes, car cela pourrait déboucher sur un traitement qui nous aiderait à contrôler les virus globalement, et pas seulement un virus à la fois, poursuit-il. En cas de pandémie, nous pourrions utiliser ce traitement plutôt que d’attendre la mise au point d’un vaccin. »
Si le système de coagulation est fascinant, il est également très complexe, ce qui rend la recherche difficile. C’est là qu’Ed Pryzdial voit la valeur indispensable de la Société canadienne du sang.
« La Société canadienne du sang se trouve dans une situation unique au Canada, où les activités opérationnelles et la recherche se déroulent simultanément et font l’objet de discussions constantes entre les acteurs des deux domaines. C’est un modèle formidable qui régit notre fonctionnement. »
Les travaux d’Ed Pryzdial comblent le fossé entre la créativité et l’action en transformant des questions de recherche complexes en nouvelles façons d’aider les patient·es. C’est un peu comme la pêche à la mouche, mais sans les poissons.
Pour en savoir plus sur les recherches de pointe menées à la Société canadienne du sang, cliquez ici.